Misère ordinaire
23 août 2009
C’est une de ces expériences fortuites, une de celles où vous restez de marbre. Vous vous trouvez au bon endroit, au bon moment. Un coup de bol, en somme.
Souvent, ce sont ces expériences qui sont les plus intrigantes.
Celle que je veux vous conter s’est déroulée samedi dernier au Main Market de Malviya Nagar. Je me trouvais dans une contre-allée de la rue principale, séparée de la chaussée par une grille, avec quelques entrées, ici et là.
Un agent de sécurité se trouve à une des extrémités de cette contre-allée. En uniforme et muni d’un bâton, il est assis, le regard perdu. Il a au moins 50 ans; son expression et ses traits traduisent son usure.
Mais, soudain, il se lève pour exécuter la tâche qui est la sienne: empêcher des nuisibles de pénétrer la contre-allée pour quémander.
S’ensuit un échange verbal musclé (du moins, ça en avait l’air, mais c’était en hindi), avec la plus jeune des trois femmes narguant le vieil homme et lui, faisant même mine de se servir de son bâton à son encontre.

Trois mendiantes à Malviya Nagar. Invisible, puisqu'à ma gauche, le gardien les chasse. 22 août 2009.
Elle est drôle, cette petite fille. Elle-même et celle qui est probablement sa soeur sont éclatantes de beauté. Difficile de croire que cette femme est sans doute leur mère, et non plutôt leur grand-mère. Une vie de mendicité et d’errance explique sans doute ces nombreuses rides.
Cette petite fille a probablement autour de dix ans, et, déjà, elle est rompue à l’art de la vie dans la rue et de croquer tout ce qui vient. Se voir barrer l’accès à une rue du fait de sa condition sociale, elle ne connaît cela que trop bien. Et malgré tout, elle réussit à en rire.
Rêve t-elle parfois d’une vie meilleure ? Qu’est-ce qui la différencie, après tout, de ses compatriotes qui, au même âge, sirotent une boisson fraîche au bord de la piscine d’un hôtel 5 étoiles ? Regardez-la encore.

Les gens mal nés, eux aussi, savent sourire. 22 août 2009.
Se dit-elle parfois qu’elle aurait pu, elle aussi, habiter dans une villa cossue de Delhi, surveillée par un gardien 24h sur 24 ? Qu’elle aurait pu, elle aussi, avoir un mariage fastueux avec une semaine de célébrations ? Ou encore qu’elle aurait pu tenter sa chance à Bombay et devenir une de ces stars surfaites du cinéma indien ?
Impossible de le savoir. Qu’importe, après tout. Mendiante elle est née, mendiante elle mourra.
La post-Inde
19 août 2009
Ceci sera malheureusement un billet sans photo (du moins dans un premier temps). Mais ce sera, je l’espère, un billet qui donne matière à réflexion.
C’est un trajet au bureau de poste qui me l’a inspiré. Expérience symptomatique, me semble t-il, des antagonismes de l’Inde.
Selon une étude publiée par la Banque Mondiale fin 2007, l’Inde dispose du cinquième meilleur PIB en PPA. Hein? pardon, du cinquième meilleur Produit Intérieur Brut en Parité de Pouvoir d’Achat.
En clair, c’est la 5ème puissance mondiale (oui, devant la France). Il paraît très vraisemblable que son classement ne puisse que s’améliorer dans les années à venir.
Pourtant, même dans sa capitale politique (New Delhi, donc), certains aspects tiennent plus de temps reculés que d’une puissance moderne et pleine de potentiel. C’est le cas de pas mal d’infrastructures, et, on ne peut rien vous cacher, des bureaux de poste.
Celui de Kalkaji, qui est pourtant un “Head Office” (par opposition aux “Sub-Offices”) a ouvert mercredi dernier à son heure habituelle, un peu après 10h. Il fermera six heures et demie plus tard, entrecoupé d’une pause, de 13h à 14h.
La plupart des hommes qui attendent l’ouverture sont porteurs de mandats, pour retirer de l’argent, ou bien viennent en acheter. Devant le bâtiment d’apparence entretenu, je suis le seul, dirait-on, à vouloir poster un paquet.
À l’intérieur, c’est une toute autre histoire. Les murs gris-blanc sont décrépis, des fils électriques pendent un peu partout, et une mystérieuse armoire vide gît du côté de l’espace client, au beau milieu de la pièce. Pas beaucoup de jaune ni de bleu, et les chaises sur lesquelles les employés sont assis sont élémentaires.
Peu au fait, dans ce pays que je découvre depuis trois semaines, de l’endroit où acheter des enveloppes, j’ai l’espoir d’en trouver ici. Naïf que je suis. Car dans ce bureau de poste, point d’enveloppes.
Pas de files d’attente bien définies, non plus, évidemment. C’est à celui qui réussira à s’imposer. Peut-être est-ce pour cela que, malgré la surface relativement grande de la pièce, les clients qui attendent sont quasiment collés les uns aux autres. Mais cela ne semble choquer personne sauf moi.
C’est finalement mon tour. L’employé de poste me renvoie vers la rue commerçante à proximité pour y acheter une enveloppe à bulles, puis, une fois revenu, m’énonce les tarifs.
“It’s 752 rupees for Speed Post”, me dit-il. “How long to get to France ?”, lui réponds-je. “About four, five days”, estime t-il. Je lui rétorque “And what’s under Speed Post?”. “Registered”, répond-il. Je lui redemande “How long ?” (une belle partie de ping-pong). “That’s ten to fifteen days”, me dit-il, pour mon plus grand effarement.
Et, sans surprise, je clos les débats: “Ok, I take Speed Post”.
Je suis partagé entre la consternation et le fait de me dire que, finalement, c’était peut-être ainsi en France il y a encore trente ans, cinquante tout au plus.
Mais la bonne surprise, elle, vient du suivi sur internet offert par la formule Speed Post. Seulement trois heures plus tard, je découvre que mon pli a été reçu au bureau principal de Delhi, prêt à prendre l’avion pour Paris.
Antagonismes, vous disais-je.
Ces petits riens
10 août 2009
Je ne vous apprends sans doute rien si je vous dis que le coût de la vie à Delhi est extrêmement bas. C’est d’une banalité consternante, et pourtant, alors que vous lisez ces lignes, je pense que la plupart d’entre vous n’ont pas d’idée précise des prix.
Un indicateur que je peux vous donner, c’est celui de mes poils. Pas pubiens, non; ceux qui poussent un peu plus haut, entre mes deux oreilles et de part et d’autre de ma bouche.
Hier, je me suis rendu avec Gary chez un barbier de Malviya Nagar, un quartier animé à dix minutes de GK-II, mon quartier actuel. 20 roupies, soit 30 centimes d’euro. Oui, vous avez bien lu.

Gary, ravi de ne pas avoir à se raser lui-même. 9 août 2009.
C’était la première fois de ma vie que je me faisais raser. Se rendre chez le barbier, en France, c’est évidemment un marqueur social (et aussi quelque peu un marqueur générationnel).
Mais à trente centimes d’euro, c’est à se demander pourquoi je me suis encombré de mon Mach 3 de chez tchut tchut pas de marque, de ma mousse à raser, de mon blaireau (oui, c’est mon côté “petit vieux”), de mes lames et de mon after-shave.
Sens du commerce oblige, le barbier m’a demandé si je ne voulais pas en profiter pour rafraîchir ma coupe de cheveux. “Sixty rupees”, m’annonça t-il. Mais je lui ai dit que la prochaine fois, peut-être, serait l’occasion, et suis sorti de sa boutique.
30 centimes d’euro, c’est le prix d’un autre de ces miracles: les jus de fruits. À ces stands, vous pourrez savourer un délicieux mango shake, juste après, par exemple, vous être fait raser (ceci ne concerne que la moitié de l’humanité, du moins, je l’espère). Bon, pour la plus grande taille, c’est-à-dire 60cl, il faudra débourser 50 centimes d’euro de plus; bah ouais, rien n’est gratuit en Inde (ou est-ce le contraire ?)

Mon stand de jus de fruits préféré, à Malviya Nagar. 22 août 2009.
Addendum, vendredi 21 août. J’allais oublier le prix de la presse. La plupart des quotidiens d’information coûtent 2 ou 3 roupies, soit 5 centimes d’euro. Les newsmags, eux, sont plus chers: 20 roupies pour Tehelka, par exemple, le Time Magazine d’ici (et vous devez désormais savoir ce que font 20 roupies).
Ah! si les quotidiens français ne coûtaient, eux aussi, qu’un dixième du prix des hebdos…cela résoudrait peut-être le problème des ventes (oui, je sais, c’est un peu facile).
DL 8S R2599
8 août 2009
Pas très évocateur, comme titre, vous dites-vous sans doute.
Il s’agit tout simplement de la plaque d’immatriculation de mon nouveau scooter. Un superbe Honda Kinetic blanc hyper vintage.
Acheté à Karol Bagh, un quartier qui pullule de vendeurs de scooters et motos qui ont plus ou moins pignon sur rue. C’est Antoine, un stagiaire production qui vient d’HEC, qui m’a aiguillé vers le vendeur de son propre scooter, acheté il y a trois semaines.
Le vendeur, un jeune habillé de façon urbaine, porte une sorte de bonnet avec une drôle de boule de tissu sur le front. Je crois que c’est sikh, mais pas sûr. Je n’ai pas osé lui demander, de peur de le contrarier (après vérification, c’est bel et bien sikh).
Quoi qu’il en soit, il m’a dit qu’il a racheté l’engin la veille, et qu’il date de 2000. Mouais. M’en fous, après tout; il roule, et c’est tout ce que je lui demande. En faisant un tour de pâté de maison pour l’essayer, j’ai pu asséner mes premiers coups de klaxon. Eh oui, faut bien participer (Pierre de Coubertin, c’est pour toi)
Qu’il roule, justement, j’ai eu l’occasion de le vérifier sur le chemin du retour. Partis à 19h15 du fameux quartier, nous sommes arrivés à “GK II”…à 21h. Ca vous en dit long sur la taille de la ville, bien qu’on se soit perdus tel Zelda dans le dernier niveau de ce jeu vidéo d’il y a quinze ans (mais si, vous savez, ce château où toutes les pièces se ressemblent…pour nous, c’était pareil, mais avec des ronds-points et des marchés divers).

Je ne sais pas ce que ça indique, mais en tout cas, c'est à droite.
Mon Little Deuce Coupe à moi est lent a l’accélération, mais diable, qu’est-ce qu’il envoie quand il est lancé: 70km/h sur les plus grandes routes de Delhi, avec le vent qui vient vous faire oublier la chaleur ambiante…une expérience à vivre.
Finis les rickshaws, fini le fait de passer pour un touriste: ce Kinetic so 90s va me permettre de parcourir la ville, de me l’approprier, de me déplacer sans me limiter. Pour 10 000 roupies (environ 150 euros), ça vaut vraiment le coup.
(P.S. : première réparation 24 heures après. Le câble d’accélération m’a lâché, je pouvais m’attendre à ce genre d’aléa. Mais puisque tout est possible à Delhi, j’ai trouvé un réparateur un dimanche soir à 19 heures, qui m’a fait un boulot superbe pour 250 roupies, soit 4 euros)
Tout va bien, c’est normal
3 août 2009
“You don’t know what you got ’til it’s gone”, chantait Joni Mitchell en 1970, dans sa chanson Big Yellow Taxi (“tu ne réalises pas ce que tu as jusqu’à ce que tu ne l’aies plus”, donc). Et comme elle avait raison…
J’en étais venu à la conclusion que Paris était un des pires endroits sur la planète où conduire. Depuis, j’ai vu Delhi.

Un carrefour au Main Market de Malviya Nagar, Delhi, 3 août 2009
Evidemment, ça change un peu votre façon de voir les choses. D’abord, le premier gros changement, c’est que l’on roule à gauche (la colonisation saurait y être pour quelque chose).
Et pour ce qui est des détails? Les feux, on ne les respecte que si on n’a pas le choix; s’imposer face à l’autre est ce qu’il faut avoir en permanence en tête; et les piétons, bien sûr, peuvent se carrer leur statut prioritaire où je pense.
Mais le plus impressionnant, c’est l’utilisation sans retenue du klaxon. Cependant, à l’inverse de la circulation parisienne, l’outil n’est pas vu comme quelque chose d’agressif. Au contraire, il fait pleinement partie de l’environnement sonore et est totalement accepté par les habitants.
Le défaut de l’image ci-dessous, finalement, est qu’il y manque le son, mais il est certain qu’en appuyant sur le déclencheur de mon appareil, une grande partie des voitures (sinon toutes) se servaient de leur avertisseur lors de la traversée de cette intersection.

Le même carrefour, vu de plus près. La tête qui tourne, peut-être ? Voilà, vous savez ce que ça fait.
Car ici, avant de prendre un virage, on klaxonne. Pour avertir quelqu’un que l’on va le dépasser, on klaxonne (l’utilisation des rétroviseurs semble très accessoire). En fait, à peu près à chaque action ou interaction, on klaxonne.
Tout cela forme un environnement très différent, une sorte de joyeux bordel au sujet duquel mon “Lonely Planet” me dit qu’il faut avoir du sang-froid pour s’y aventurer.
Demain, je vais à Karol Bagh m’acheter un scooter. Même pas peur.
Temps suspendu
2 août 2009
Ouf. En ce chaud dimanche, lever moins tardif qu’hier. Très fier de moi, je me mets en route rapidement après avoir ouvert les yeux…à midi, tout de même.
C’est sur les conseils du très avisé David, un Franco-Américain qui mériterait presque d’être naturalisé indien, que je me rends à Lodhi Gardens. C’est un jardin censé être magnifique, situé à une grosse demie-heure en rickshaw de chez moi.
David m’avait tellement vendu l’endroit comme quelque chose de fabuleux que j’avais dû placer la barre un peu trop haut dans mon esprit. Le jardin est certes calme,des couples s’y cajolent, et cela fait du bien, dans cette ville-jungle si bruyante.
Mais il me paraît un peu décrépi, et ne met pas plus que cela en valeur les mausolées Shish Gumbad et Bara Gumbad, qui ont, à peu de choses près, cinq cents ans et datent du règne, à Delhi, des sultans Lodi (1451-1526).

Lodhi Gardens: le mausolée Bara Gumbad (v. 1500). 2 août 2009.
De plus, étant donné que je souhaite rentabiliser mon temps libre, je décide de me rendre rapidement à Connaught Place. S’il fallait désigner un centre-ville, “CP”, comme l’appellent les locaux, serait peut-être celui-là.
Connaught Place et ses boutiques occidentales ne m’impressionnent pas plus que cela non plus. En revanche, à proximité, je tombe sur Palika Bazaar, un endroit qui grouille de gens, où les vendeurs crient en permanence pour appâter les clients. Dépaysement total. Une sorte de marché aux puces, beaucoup plus agité, cependant.
Mais l’anecdote la plus savoureuse de la journée, je la dois à mon trajet en direction de Lodhi Gardens. À une intersection, la scène ci-dessous:

Altercation de rue à Delhi. 2 août 2009.
Une simple bagarre de rue, penserez-vous peut-être. C’est un peu plus que cela, et le plus intéressant est d’observer les réactions des Indiens. Tous s’arrêtent, les conducteurs de rickshaw se lèvent de leur siège et sortent de leur véhicule pour regarder.
À cet endroit et à ce moment précis, tous sont captivés par le spectacle de cette altercation. Figés, fascinés. La prochaine fois, c’est eux que je tâcherai de prendre en photo.
(P.S.: Lodhi Gardens, selon plusieurs personnes qui travaillent chez Diwali, où je fais mon stage, m’ont dit que c’est quasiment ce qu’il y a de plus beau à Delhi. J’ai apparemment loupé un lac somptueux et des oiseaux d’une rare beauté. Trop de précipitation, sans doute, dans ma visite. J’y retournerai, donc.)

Pour lui aussi, le temps est suspendu. Lodhi Gardens, 2 août 2009.
Delhi nocturne
1 août 2009
Bizarre soirée que celle d’hier soir…jour, à la fois, de l’anniversaire de ma mère, et d’un autre anniversaire, beaucoup moins joyeux.
À peine arrivé, voilà déjà venu le week-end, et la promesse de l’expérience de Delhi by night.

M Block Market, Greater Kailash II, Delhi. 31 juillet 2009.
C’est donc dans un restaurant thaïlandais que je retrouve Sidonie, Oscar (lui aussi stagiaire chez Diwali Production) et la colocataire de ce dernier (désolé pour l’éventuelle déception gastronomique, mais nous mangeons indien tous les midis chez Diwali grâce à l’équipe du fabuleux cuistot Joseph).
Le projet de la soirée est d’aller ensuite à “Fun n’ Food“, un parc d’attractions qui a été loué pour la soirée d’anniversaire d’une jeune Indienne (à votre avis, elle vient d’un milieu aisé ?).
Il fallait donc s’équiper d’un maillot de bain, puisque les jeux aquatiques y sont, paraît-il nombreux.
Taxi, pendant trente bonnes minutes: le lieu de la soirée est sur la route de Gurgaon , plus loin que l’aéroport.
Problème: le nom de la personne que l’on nous a dit de citer n’est pas sur la liste. On poireaute, et l’on se dit qu’on ne va pas rentrer. Quinze minutes passent. Finalement, tout s’arrange.
Un parc d’attractions presque vide, c’est très étrange. Surtout la nuit. Je vous souhaite de faire cette expérience, entourés de toboggans aquatiques et de structures métalliques pas rassurantes, qui prennent une toute autre dimension une fois le soleil couché.
C’est d’autant plus vrai que le parc, datant probablement de la fin des années 80, n’est pas du tout mis au goût du jour.

La piscine à vagues du "Fun n' Food", Delhi. 31 juillet 2009.
Quelques glissades plus tard, le ventre rempli d’amuses-gueule à volonté, nous décidons, vers 4h du matin, de reprendre la route, cette fois en rickshaw.
Déterminés à boire beaucoup, mes amis avaient réussi leur pari. Plutôt d’humeur à observer, j’avais décidé de ne pas les suivre sur cette pente, ce qui a rendu le retour un peu pénible: mes trois compagnons se sont mis à “chanter” dans le rickshaw une bonne partie du répertoire français des années 80 (chic alors ! mon préféré !).
Mais comme cela tenait plus du braillement que du chant, presque toutes les voitures qui nous dépassaient nous regardaient, intrigués.
Notre conducteur, lui, ne moufta pas une seule seconde (j’y reviendrai, mais lorsque l’on prend un taxi ou un rickshaw à Delhi, il semble qu’il soit admis que le véhicule, le temps de la course, vous appartient; et que vous en faites ce que vous en voulez. Ca aussi, ça change de nos taxis parisiens). Oscar, assis avec lui devant, lui faisait régulièrement des charges d’épaule, entraîné par le doux son de la musique qu’il produisait dans ce trio Delhite (ho ho).
Le locataire d’un rickshaw qui passait a côté changea même de triporteur, voyant Sidonie, qui apparemment lui plaisait tellement qu’il en profita pour avoir la main baladeuse. Plus de places sur la banquette: le jeune homme se tenait comme il pouvait à la carrosserie -c’est beaucoup dire- du véhicule; bref, un retour aux sommets de la rock n’ roll attitude.
Lorsqu’il est parti, cette main s’est un peu trop faite sentir, et “Sido” s’est énervée (“Wait ! stop !” lui cria t-elle en lui saisissant le bras dans son rickshaw qui, doucement, s’éloignait. “You say you’re sorry now !”); le jeune Indien eût l’air bien surpris.
Finalement, retour à “GK II”, mon quartier, à 5h. Admiratif de ce que notre conducteur supporta pendant une bonne heure, je décidais de lui donner 350 roupies pour toute la course, 50 de plus que ce qui avait été initialement convenu.
(Aïe…lever le lendemain à 16h)
Toutes premières fois, nos toutes premières fois
31 juillet 2009
Marrakech et ses souks…New York et ses grattes-ciel…Rio et son Corcovado…Delhi et ses rickshaws !
C’est assez inexplicable, mais lorsque, dans un pays étranger, on voit ou on expérimente enfin quelque chose dont on a tant entendu parler, cette chose a une saveur particulière. Ca me l’a même fait lorsque j’ai vu un symbole aussi commun que les lettres blanches “Hollywood” à Los Angeles il y a deux ans.
Bref, ce qui peut paraître un lieu commun n’en est pas tout à fait un. C’était un vendredi. Sidonie, également stagiaire, et moi-même devions nous rendre à Defence Colony pour rencontrer une responsable de l’ONG Human Rights Watch.

Premier rickshaw. 31 juillet 2009.
Des rickshaws, vous entendrez divers conseils: certains disent qu’il faut leur demander de mettre le “meter” pour déterminer le tarif en fin de course, d’autres sont adeptes de la négociation a priori (c’est, je l’avoue, ma préférence également: ainsi, pas de mauvaises surprises).
Pour 20 minutes de rickshaw, il ne doit pas vous en coûter plus de 50 roupies à Delhi. Mais l’aspect inévitable, c’est que le chauffeur va augmenter le prix de la course simplement parce que vous n’êtes pas de Delhi…
Vous pouvez bien sûr essayer de négocier un peu, mais vous n’obtiendrez pas souvent plus de 10 roupies de rabais.
Peu importe, finalement: le plus savoureux commence une fois installé. S’ils sont moins rapides que la plupart des véhicules, ils représentent tellement le pays qu’à côté, un taxi paraît bien terne et commun (et par ailleurs, les taxis sont plus chers).
Enfin, la façon dont ils se faufilent dans le chaos de la circulation de Delhi (j’aurai l’occasion d’y revenir) est admirable.
De ces voyages qu’on n’oublie pas.
Impressions, soleil levant
30 juillet 2009
Trente secondes. C’est à peu près le temps qu’il m’aura fallu, à la sortie de l’aéroport Indira Gandhi de Delhi, avant de me faire extorquer mes premiers roupies.
Je devais retrouver Kisan, un des chauffeurs de Diwali Production, venu me chercher à une heure bien matinale (mon avion s’est posé sur le sol indien à 6h45).
Kisan, souriant, m’attendait dans le hall des arrivées. Je venais de changer 500 euros, soit 33400 roupies selon le cours du jour. Pour information, c’est plus ou moins, selon des chiffres de 2006, le salaire annuel moyen en Inde.
Mais voilà que deux hommes viennent, sur la route de la voiture. Sans doute un peu fatigué, et un peu naïf, j’ai pensé qu’il s’agissait d’amis de Kisan. Je les laisse donc prendre mon plus gros bagage et le poser dans le coffre de la voiture qui allait me conduire a ma première résidence (voir ci-dessous).

Voici, cher lecteur, ma résidence provisoire
Et au moment de vouloir monter dans le siège passager, l’un des deux me barre la route et me dit : « Now you give tip » (“maintenant, tu donnes pourboire”). Venant d’arriver, plein d’enthousiasme et n’ayant pour plus petite coupure que des billets de 100 roupies (1,50 euro environ), je décidais de ne pas chercher l’embrouille et de lui tendre un de ces bouts de papier rose-turquoise à l’effigie du Mahatma Gandhi.
Mais, évidemment, voilà que son ami s’y met aussi. Pouf. Déjà 200 roupies évaporés. Le plus drôle, c’est qu’un troisième larron a rappliqué derrière et m’a à son tour demande de l’argent. Mais lui ne m’avait rendu aucun service…il m’a pris pour une bonne poire, sans doute (et il a eu raison, mais j’ai tout de même su dire « no, I gave 200 rupees already »).
Ce n’est vraiment pas grand-chose, me direz-vous, trois euros, et j’ai sans doute contribué à leur mettre un repas sur la table. Mais il faut tout de même que je fasse attention à ne pas vouloir nourrir tous les Indiens. Autrement, je suis mal barré.